Hystérie médiatique au Québec

Une F.A.Q. sur le « guillotine gate »

Dans les dernières 48 heures, le milieu médiatique québécois s’est pas mal emballé autour de la manifestation syndicale du 2 mai. En cause: des membres du groupe Alliance Ouvrière ont mis en scène une fausse guillotine en bois qui décapitait un oligarque en papier mâché.

Des rédacteurs web à court de sujet un dimanche ont donc lancé le « guillotine gate », ce qui a vite forcé les élites québécoises à réagir. Politiciens et commentateurs avaient l’air déboussolés, disant n’avoir « jamais vu ça », qu’« on ne fait pas ça au Québec », que « c’est pas comme ça que ça marche ».

À L’Étoile du Nord, on comprend que la politique et l’histoire peuvent parfois mêler du monde. Pour les aider, on a donc préparé une foire aux questions qu’ils pourront consulter au besoin.

Merci d’ailleurs à Nathalie Normandeau, ex-ministre libérale corrompue recyclée en commentatrice de radio, pour l’appellation « guillotine gate ».

Est-ce qu’Alliance Ouvrière a vraiment décapité le ministre Boulet?

Non. Malgré l’hystérie des journalistes et commentateurs des grands médias, c’était une poupée générique en papier mâché.

Des actes comme celui-ci ont-ils leur place dans une démocratie?

La démocratie, c’est aussi le droit de faire du théâtre politique satirique. Partout dans le monde, depuis longtemps, on brûle des effigies de politiciens et on sort des fausses guillotines dans les manifestations. C’est une tradition connue!

En parlant de tradition, un petit rappel d’histoire ne ferait pas de tort aux chefs de partis et aux commentateurs: la démocratie libérale ne s’est pas imposée par « le dialogue, la négociation et la conciliation », comme le dit Paul Saint-Pierre-Plamondon. Elle s’est imposée par la force: la américaine, la Glorieuse Révolution, la Révolution française (où est née la guillotine, et la Déclaration des droits de l’homme.)

Loin d’être anti-démocratique, la guillotine est restée un symbole de la révolte de ceux qui n’ont rien. C’est un avertissement pour les oligarques sur ce qui peut arriver quand ils se calissent de la volonté populaire. C’est peut-être pour ça que certains politiciens se sont sentis visés?

Les membres d’Alliance Ouvrière devraient-ils aller en prison?

Si on croit encore à la liberté d’expression, non.

Si on regarde ce qui s’est fait récemment au Canada et aux , non.

Une guillotine dans une manifestation contre ICE, aux États-Unis.

Et si on est Jean Boulet… on panique devant une poupée en papier mâché, on pense que ça nous vise, puis on fait aller ses contacts pour déclencher une enquête au SPVM? Peut-être, peut-être pas. Qui sait ce qui se passe vraiment dans sa tête…

Le peuple québécois est-il fondamentalement pacifique?

L’histoire du Québec est traversée par la violence. Une violence qui bloque et qui blesse, mais aussi une violence qui fait avancer les choses.

D’un côté, l’exploitation des grands bourgeois anglais, ou la prise du territoire des Premières Nations par la force.

De l’autre, la violence des Patriotes de 1837-1838, qui ont ébranlé la , ou celle des grèves des années 50 et 60, qui ont arraché des droits qu’on tient aujourd’hui pour acquis.

Saint-Pierre-Plamondon, Ghazal, Milliard et les autres répètent que les Québécois auraient toujours avancé par la discussion et la négociation. Alors, un peu de cohérence: qu’ils dénoncent donc les Patriotes! Ou encore Michel Chartrand, qui a supporté le FLQ!

Comprenez bien: ce n’est pas L’Étoile du Nord qui s’en irait sur ce chemin-là.

Est-ce que la guillotine est un appel au meurtre?

Est-ce que les drapeaux « Fuck Trudeau » du mouvement du Convoi de la liberté étaient un appel à l’agression sexuelle du premier ministre?

Alliance Ouvrière pouvait-elle faire passer son message d’une autre façon?

On pourrait en parler longtemps. Mais au fond, la manif du 2 mai débordait de pancartes et de messages portés par toutes sortes de groupes. Et pourtant, on ne parle que de la guillotine…

Est-ce que c’est inacceptable de supporter l’action d’Alliance Ouvrière?

Non.

Faut-il empêcher les guillotines théâtrales pour « préserver nos institutions »?

Paul Saint-Pierre-Plamondon a posé la question en entrevue. Mais la vraie question est: faut-il préserver nos institutions?

PSPP ne voit même pas l’ironie de ce qu’il dit! Il veut faire l’indépendance du Québec… donc laisser tomber les institutions canadiennes qu’il juge nocives. Good for him!

Mais il faut reconnaître que les institutions malades du Québec et du Canada semblent s’enfoncer de plus en plus. Ça craque de partout: la constitution est dépassée. L’économie et le système social n’arrivent même pas à assurer un niveau de vie décent. Et on peut se retrouver coincés pendant des années avec des élus que personne ne veut, sans moyen de les mettre dehors!

En tout cas. Si le but, c’est de freiner Alliance Ouvrière, il va falloir trouver autre chose comme argument.

Faut-il empêcher ce genre de geste pour « protéger le sentiment de sécurité des élus »?

Les élus doivent rendre des comptes à la population, surtout quand elle est insatisfaite. Et jusqu’à preuve du contraire, la Constitution canadienne ne protège pas d’être « offusqué » ou d’avoir « un peu peur ». Au prix où ils sont payés, et vu leur rendement souvent faible, le minimum, c’est qu’ils aient la peau un peu plus dure.

De toute façon, si le système les protège dans leur tour d’ivoire, est-ce que ça ne vaut pas la peine de leur rappeler, de temps en temps, qu’ils restent des humains parmi la foule?

Alliance Ouvrière devrait-elle regretter ou s’excuser de son action?

Surtout, c’est désolant de voir autant d’indignation publique tourner autour du « guillotine gate », pendant que des centaines de travailleurs sont tués au travail dans le silence. Comme l’a rappelé Alliance Ouvrière dans son communiqué: « en 2025 [au Québec], comme chaque année, plus de 250 travailleurs et travailleuses sont morts à cause d’accidents du travail ou de maladies professionnelles, et personne n’a été puni. »

« Et en janvier 2025, un certain Jean Boulet a laissé Amazon jeter à la rue plus de 4500 travailleurs et travailleuses. Il a refusé de les aider, tout en laissant la multinationale américaine agir en toute impunité. »

« Voilà ce qu’est la vraie violence des élites. Voilà des vies brisées, des familles bouleversées. Face à ça, il est normal de voir ces gens se révolter. »

Que veut Alliance Ouvrière?

Alors que les s’acharnent sur Alliance Ouvrière sans expliquer correctement ce qu’ils veulent, nous dédierons notre dernier paragraphe à leur plume:

« Alliance Ouvrière défend la perspective d’un système véritablement démocratique. Un système où les gens ordinaires ne voteraient pas seulement pour un représentant aux quatre ans, mais détiendraient un réel pouvoir sur les décisions qui les affectent: de la vie quotidienne à la shop et dans les quartiers, jusqu’aux décisions de planification économique et de politique étrangère. D’ici là, nous continuons à défendre le peu de démocratie possible dans le système actuel. »

« Nous luttons pour la perspective d’un monde réellement égalitaire, libéré des socio-économiques, des divisions nationales et des guerres impérialistes. La véritable liberté ne sera possible que lorsque les travailleurs et travailleuses prendront en main la direction de la société indépendamment des monopoles, des banques, des corporations et autres institutions parasitaires qui perpétuent les inégalités et empêchent la majorité de l’humanité de mener une vie digne. »

Joignez-vous à la discussion!