Le gouvernement néolibéral de Bolivie a suspendu les libertés civiles et déployé l’armée pour tenter de sauver sa peau après une grève générale contre la privatisation et l’austérité qui a paralysé l’économie pendant plus de cinquante jours.
Des travailleurs syndiqués et des peuples autochtones ont isolé la capitale, La Paz, en bloquant les autoroutes et en organisant des manifestations populaires massives sous une répression féroce de la police et d’organisations de jeunes paramilitaires fascistes. Le président bolivien Rodrigo Paz a maintenant déclaré un « état d’exception » pour tenter de réprimer davantage la contestation et de dégager les blocages qui l’ont poussé au pied du mur.
Au matin du 27 juin, Rodrigo Paz a déployé l’armée après que son administration ait promulgué le décret d’« état d’exception », qui suspend temporairement les droits et libertés démocratiques des citoyens manifestant contre les politiques d’austérité.
Le gouvernement affirme que l’état d’exception n’est que temporaire et prendra fin après 90 jours, mais rien ne garantit que le peuple bolivien retrouvera ses droits démocratiques de sitôt.
Des mesures similaires adoptées au Salvador, avec la même promesse de « 90 jours », sont en place depuis quatre ans. Et le gouvernement équatorien a répété ce coup de force à plusieurs reprises ces dernières années, totalisant 900 jours depuis janvier 2024.
Le décret, fondé sur une loi adoptée le 8 juin, a permis à l’armée et à la police d’exercer des pouvoirs élargis pour raser une bonne partie des blocages érigés par les travailleurs autour de la capitale. Elle leur a aussi permis d’arrêter samedi un leader autochtone, Vicente Salazar, à la tête de la fédération paysanne Tupac Katari.
À la suite d’une série de grèves localisées menées par les enseignants, les mineurs et les travailleurs du transport, la Central Obrera Boliviana (Confédération ouvrière bolivienne, ou COB) a tenu une assemblée massive le 1er mai, où a été prise la décision de déclencher une grève générale illimitée à l’échelle du pays.
La COB a coordonné les actions et centralisé les revendications jusqu’à la fin de la grève. Une équipe de représentants syndicaux miniers, issue de la puissante Fédération syndicale des travailleurs miniers de Bolivie (FSTMB), avait été élue à la tête de la confédération en octobre dernier avec le mandat de bâtir une « indépendance de classe » face au Movimiento al Socialismo (Mouvement vers le socialisme, ou MAS), dont la popularité s’est effritée ces dernières années.
Direction autochtone, privatisation des terres et austérité
Le gouvernement Paz a accusé l’ancien dirigeant du MAS et ex-président Evo Morales d’avoir orchestré le soulèvement. Morales se trouve maintenant réfugié à Chapare, sous la protection des Ponchos rouges, une milice et un mouvement autochtones issus des communautés aymaras de l’Altiplano andin.
Les Ponchos rouges défendent les droits autochtones et des réformes sociales radicales en Bolivie depuis la Guerre du gaz de 2003, quand ils s’étaient mobilisés pour bloquer l’exportation des réserves de gaz naturel boliviennes vers l’étranger.

L’organisation s’est imposée comme l’une des forces les plus visibles de la récente grève générale et des manifestations dans les centres urbains. Avec d’autres communautés autochtones, ses membres se sont rassemblés à 300 manifestants pour entamer une marche de 1000 km à travers le pays jusqu’à la capitale, La Paz, le 8 avril.
Leur objectif était d’exiger la démission du président Paz et l’abrogation de la loi 1720, une réforme agraire entrée en vigueur en avril. Selon des experts, cette loi a permis la privatisation des « petites exploitations agricoles » et a facilité « l’accaparement des terres » par des entreprises agricoles.
Pour les communautés autochtones, cette réforme agraire menaçait le droit à la propriété collective des terres inscrit dans la Constitution bolivienne de 2009. Après un mois de marche et de manifestations, les manifestants autochtones ont obtenu un premier succès. Le gouvernement Paz a suspendu la loi 1720 le 12 mai, affirmant qu’une nouvelle législation était en préparation.
Depuis sa victoire à la présidentielle, Paz a rapidement abandonné la promesse d’un avenir de « capitalisme pour tous » à ses électeurs autochtones et ouvriers. Ces électeurs avaient reporté leur appui sur la campagne présidentielle de Paz en raison du déclin de popularité du Movimiento al Socialismo (MAS).
En décembre 2025, le Décret suprême 5503 (Mesures d’urgence économique) a été adopté et a introduit des changements majeurs aux structures économiques et politiques boliviennes, dont la fin de deux décennies de subventions aux carburants, une mesure qui a déclenché des manifestations dans plusieurs secteurs peu après l’annonce du décret.
Les mines sous surveillance
Les grandes multinationales minières ont multiplié leurs investissements dans le secteur minier bolivien depuis l’élection du gouvernement Paz en 2025, qui a entrepris d’ouvrir ce secteur hautement nationalisé aux capitaux étrangers. Des entreprises minières canadiennes actives dans le pays, comme Pan American Silver, Santacruz Silver et New Pacific Metals, ont vu le cours de leurs actions grimper au cours de la dernière année.
Si l’étain et l’argent ont historiquement dominé le secteur, la Bolivie détient aussi un cinquième des réserves mondiales de lithium, le plus important gisement au monde. Le potentiel considérable de ces minéraux critiques, au cœur de la rivalité grandissante entre les États-Unis et la Chine, place la Bolivie et son industrie minière fortement syndiquée et nationalisée dans la mire du département d’État américain.


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