Même avec ses profits qui explosent, la multinationale ArcelorMittal refuse de donner 5$ de plus par heure aux ouvriers de son usine de Contrecoeur-Ouest, qui subissent de plein fouet l’inflation des dernières années. Face à cette sourde-oreille et à des conditions de travail difficiles, les syndiqués de la section 6951 des Métallos ont arrêté de travailler au début du mois d’août.
C’est donc une des sept usines canadiennes produisant des barres d’armatures pour le béton qui ne tourne plus. Des milliers de chantiers au pays pourraient être affectés bientôt, alors que la compagnie écoule actuellement ses surplus.
Même après des mois de négociations, ArcelorMittal refusait toujours d’accorder leurs demandes aux Métallos. La dernière offre patronale avait été refusée par neuf syndiqués sur dix. Le mandat de grève, adopté par la suite, a récolté l’appui de plus de 97% des membres présents.
Dans un communiqué diffusé le jour même du débrayage, le président de la section locale, Éric Piette, a résumé le sentiment exprimé lors de l’assemblée: « les salaires accusent un retard beaucoup trop important par rapport à l’inflation ».

Pas d’ajustement depuis 2020
Le responsable syndical du secteur de l’acier chez les Métallos, Yves Rolland, a souligné qu’aucune révision des salaires n’a eu lieu à cette usine depuis 2020. La différence à combler serait en moyenne de cinq dollars l’heure par employé. De son côté, l’inflation cumulative enregistrée depuis 2020 est de 19,9% au Canada, selon Statistique Canada.
À l’échelle mondiale, le bénéfice net d’ArcelorMittal a plus que doublé en 2025, arrivant à 3,15 milliards de dollars américains. L’entreprise a donc soutiré environ 35 000$ par employé, l’année dernière.
Pour augmenter leur salaire de 5$ par heure pendant un an, les ouvriers de Contrecoeur-Ouest auraient besoin d’environ 3 millions $. Mais ArcelorMittal a préféré ouvrir le robinet de ses profits à ses actionnaires: elle s’est engagée à leur distribuer au moins la moitié de ses liquidités disponibles, notamment par un dividende en hausse et plus de 260 millions de dollars consacrés au rachat de ses propres actions l’an dernier.

Des conditions de travail difficiles
Un poste en fonderie ne se compare pas à un emploi de professionnel de bureau au même taux horaire, a souligné un travailleur rencontré par L’Étoile du Nord. En fait, la CNESST classe la première transformation des métaux au niveau IV de son classement des établissements, soit le niveau de risque le plus élevé.
Les opérateurs y côtoient la chaleur des fours et des coulées de métal en fusion, un niveau de bruit constant, ainsi que des risques de brûlure, de projection et d’inhalation de poussières ou de gaz industriels. Des travailleurs sur la ligne de piquetage ont notamment dénoncé l’état lamentable du système de dépoussiérage de l’usine ouest, vieillissant et de moins en moins efficace, alors que les travaux de réparation se font toujours attendre. Il serait désuet depuis environ 20 ans.
Forcément, une partie du personnel doit assurer des quarts de nuit fixes ou des horaires en rotation entre le jour, le soir et la nuit pour que les fours et les coulées continuent de tourner 24 heures sur 24. Cette organisation du travail s’ajoute aux dangers physiques déjà présents sur le plancher d’usine.
Le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS classe le travail de nuit comme « probablement cancérogène pour l’humain » depuis 2019, et c’est une classification qui s’applique autant aux horaires fixes qu’aux horaires alternants.
Les quarts en rotation ajoutent toutefois une contrainte propre: contrairement à un horaire de nuit fixe, auquel le corps peut partiellement s’adapter, l’alternance répétée entre jour, soir et nuit empêche l’horloge biologique de se stabiliser durablement. Une méta-analyse canadienne parue dans le British Medical Journal en 2012, portant sur plus de deux millions de travailleurs postés (incluant les horaires rotatifs), a établi un lien avec un risque accru d’infarctus et d’événements coronariens.
Un professionnel de bureau touchant un salaire équivalent n’a pas à composer avec ces contraintes sur son corps ou sur son rythme de vie. Un problème ergonomique se règle souvent en quelques ajustements du poste de travail.

Mais en fonderie, la prévention des accidents peut nécessiter des investissements et des réparations majeures, qui grugent dans les profits des grandes multinationales qui possèdent souvent ces usines.
C’est dans cet écart, entre le chiffre affiché sur un relevé de paie et la réalité vécue sur le plancher d’usine, que se loge une partie de ce qui échappe au débat public sur ce genre de conflit.
Une travailleuse a raconté à L’Étoile du Nord avoir frôlé un accident sérieux quelques mois plus tôt, au point qu’un collègue a lancé qu’ils avaient failli devoir la « ramasser en morceaux ». Un autre a mentionné un collègue qui aurait perdu ses deux jambes suite à un accident, à quelques mois de la retraite.
Face à ces conditions, les ouvriers consultés sur la ligne de piquetage semblent déterminés. Ceux-ci disent pouvoir tenir longtemps, jusqu’à ce que la compagnie réalise le profit qu’elle perd sans leur travail.
« Ils souhaitent simplement que leur travail soit reconnu à leur juste valeur », fait valoir Yves Rolland.


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