Visite perturbée à Vancouver

Des manifestants dénoncent les crimes du président Philippin Marcos Jr.

Pour la première fois en 11 ans, un président philippin a mis les pieds en sol canadien, et une foule en colère l’attendait dès son arrivée à . Plusieurs organisations de la diaspora philippine se sont mobilisées pour une série d’actions dénonçant la visite de Ferdinand Marcos Jr, connu pour ses violations des , et pour protester contre les rapprochements économique et militaire entre le Canada et les Philippines.

Carney rencontrait Marcos Jr. il y a quelques jours pour négocier les termes de divers accords de libre-échange et de l’Accord sur le statut des forces armées de pays étrangers (ASFAPE), conclu avec le Canada en novembre dernier. 

Au Square šxʷƛ̓ənəq Xwtl’e7énḵ, les manifestants dénonçaient aussi les éloges de Marcos Jr. envers le meurtre des « 19 de Negros », tués par les Forces armées des Philippines le 19 avril. Environ la moitié des victimes étaient des civils, dont des leaders étudiants, un journaliste, ainsi que des militants et organisateurs paysans.

Cet événement n’est malheureusement pas un cas isolé, mais l’exemple le plus récent d’une tendance plus large. Un tribunal populaire international, en 2024, a déclaré coupables de crimes de guerre dans le pays le président Ferdinand Marcos Jr, l’ex-président Rodrigo Duterte, le président américain Joe Biden, ainsi que les gouvernements des Philippines et des

« On peut voir les liens directs entre la militarisation croissante par des accords comme l’ASFAPE, signé l’an dernier, et leur volonté d’exploiter davantage les Philippines et le peuple philippin pour ses matières premières et sa main-d’œuvre bon marché », a déclaré Noa Sison, de Bayan BC, une alliance communautaire de la diaspora qui appuie le Mouvement pour la démocratie aux Philippines, en entrevue avec L’Étoile du Nord

« [Le Canada veut] accompagner les États-Unis dans leur tentative de bâtir un blocus impérialiste qui cherche à imposer une hégémonie économique et militaire dans le monde. »

Selon un communiqué de juin du bureau du premier ministre du Canada, le pays entreprend une série d’initiatives pour « renforcer la sécurité collective et sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques ».

Les Philippines seraient une source d’appui clé pour ce plan, dans le cadre de l’Alliance pour la résilience et la production des minéraux critiques, annoncée lors du sommet du G7 à Kananaskis, en Alberta, l’an dernier. 

Une série d’actions

Le 1er juillet, un rassemblement a réuni des centaines de personnes. 

« On doit sensibiliser les gens à voir comment le gouvernement canadien est lui aussi complice de certaines violations des droits humains, par exemple à travers les partenariats de défense qui se poursuivent avec le gouvernement philippin », a affirmé Luthfi, présidente à Vancouver de la Coalition internationale pour les droits humains aux Philippines (ICHRP), en entrevue avec L’Étoile du Nord

Le lendemain, des organisations ont mené deux actions éclair dans la ville. La première était une perturbation à l’aide de haut-parleurs devant l’hôtel Fairmont Pacific, où logeait Marcos Jr. Une quinzaine de manifestants exigeaient que le président réponde de ses crimes et rende des comptes pour les meurtres d’innombrables civils, dont les « 19 de Negros ». 

Au même moment, une cinquantaine de manifestants faisaient de même devant la chaîne de restauration rapide philippine Jollibee, sur Granville Street. Marcos Jr. et le premier ministre Mark Carney avaient auparavant utilisé cet endroit pour une séance photo avec la mascotte souriante de l’abeille et des seaux de poulet frit.

Grâce à l’achalandage élevé, les manifestants ont pu parler aux passants des ententes prédatrices que le Canada s’apprête à conclure avec le gouvernement des Philippines, particulièrement dans le secteur minier. 

Que des compagnies étrangères mettent en péril les terres des peuples autochtones et leurs moyens de subsistance n’a rien d’inhabituel aux Philippines. Les compagnies minières canadiennes sont souvent impliquées dans l’empiètement sur ces terres, qu’elles finissent par exploiter. 

« Ça affecte la production agricole de ces terres, et c’est vraiment important, parce que la plupart des peuples autochtones de cette région sont des paysans. C’est leur principal moyen de subsistance. »

Les deux jours suivants ont donné lieu à une action encore plus grande devant l’hôtel Fairmont Pacific, puis à un dernier rassemblement le 4, sur les marches de l’Art Gallery, à Robson Square. 

Des manifestations semblables ont été coordonnées à travers le pays du 1er au 4 juillet par des sections de Bayan à Calgary, Edmonton et , devant les consulats philippins de ces villes. 

Pendant leurs manifestations, les organisations de Bayan ont soulevé une prédiction également formulée par Luthfi: dans l’espoir de surpasser la , qui domine actuellement les chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs, le Canada et les Philippines approfondiraient probablement leur coopération sur les minéraux critiques, et possiblement sur l’intelligence artificielle.

Comme le résume Luthfi : « Il est très probable que le Canada et les Philippines renforcent leur coopération et leurs partenariats sur les minéraux critiques, et possiblement sur l’intelligence artificielle. Ça fait longtemps que ça fait partie de la stratégie indo-pacifique du Canada, et c’est aussi en phase avec le projet Pax Silica des États-Unis. »

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