Le collectif de Myron Manor résiste aux évictions

« Ils détruisent délibérément des logements ouvriers »

Un collectif de 40 locataires s’est formé à pour résister à un processus de rezonage qui menace de les expulser, eux et leurs familles. Deux grandes corporations, aidées par des politiciens, poussent pour démolir leur immeuble afin de le redévelopper en un « hôtel techno » sans travailleurs.

Dans le quartier Mount Pleasant de Vancouver, avec l’appui du Vancouver Tenants Union (VTU), le collectif Myron Manor se bat pour empêcher le rezonage de leur bloc résidentiel. Une faille dans les lois sensées protéger les locataires pourrait permettre aux firmes de gestion d’actifs Nicola Wealth Real Estate et Lotus Capital Corp de les déplacer de l’un des rares logements locatifs « abordables » qui restent dans la ville.

Le 15 juin, L’Étoile du Nord a accompagné le collectif et le VTU à une action de perturbation d’un tournoi de golf-bénéfice organisé par Nicola Wealth, leurs futurs évicteurs, dans l’un des clubs les plus huppés de Vancouver.

Plusieurs membres et gérants du club en polo ont tenté de faire partir les locataires. Certains ont eu recours aux insultes et à l’intimidation, mais les manifestants (qui détonnaient au milieu des bouteilles de vin coûteuses, du champagne et d’une Rolls-Royce garée sur le vert de practice) ont tenu bon et diffusé leur message pendant 45 minutes sans arrêt.

Une faille majeure pour les promoteurs

L’Étoile du Nord a parlé avec Michael Cook, locataire de Myron Manor depuis 11 ans. Ce métallo, père de deux jeunes enfants, a expliqué que Nicola Wealth et Lotus Capital ne sont que deux des nombreux investisseurs immobiliers et propriétaires financiarisés qui cherchent à contourner les rares protections dont disposent les locataires en profitant des exemptions offertes par les plans d’urbanisme.

« Il y a une douzaine de quartiers différents où ils prévoient tout simplement détruire les immeubles locatifs bas de gamme et les remplacer par ces tours-hôtels. Et je veux juste que les gens sachent que si ça nous arrive à nous, ça pourrait aussi arriver à des dizaines de milliers d’autres personnes. »

Le Broadway Plan, approuvé par le conseil municipal en juin 2022, a facilité le rezonage de plusieurs quartiers résidentiels, dont Mount Pleasant, dans un effort pour étendre le centre-ville. Le plan lui-même mentionne la nécessité de protéger les locataires vivant dans les logements abordables plus anciens, mais selon Cook, le fait même que le plan soit en vigueur annule cette protection.

« Dans la section 3.2.2.1 de la Politique de développement hôtelier, ils disent que les immeubles locatifs construits à cette fin ne seront pas remplacés par des développements hôteliers. Et il y a une sous-section D, qui dit que cette protection ne s’applique pas dans toute zone régie par un nouveau plan d’urbanisme. »

Cook a expliqué qu’à cause du Broadway Plan, le promoteur est autorisé à remplacer leurs logements abordables par un hôtel. Puisque le promoteur a choisi de construire un hôtel, il n’a pas besoin d’accorder à Cook et ses voisins le droit de premier refus, qui leur aurait donné la priorité pour revenir dans une nouvelle unité sur le même terrain après la construction.

Il a poursuivi en disant que Nestwell Tenant Relocation Services, les « spécialistes en éviction » engagés par le promoteur, utilisent la même justification pour le rezonage que le conseil municipal, le service d’urbanisme et les promoteurs. Ils affirment tous que l’immeuble doit être remplacé puisque le bloc est désigné « industriel » et que le bâtiment est non conforme.

Pourtant, « c’est un mensonge, parce que notre site n’a jamais été utilisé à des fins industrielles. Et l’immeuble date d’avant la désignation d’usage industriel […] ce qui veut dire qu’il n’y a aucune raison de le démolir », dit Cook.

Un hôtel tech cauchemardesque

Myron Manor n’est qu’un parmi de nombreux immeubles voués à la démolition au profit des nouveaux développements hôteliers. Vancouver compterait 29 projets d’hôtels en cours ou prévus en date de janvier 2026, avec pour objectif d’atteindre 10 000 chambres supplémentaires d’ici 2050.

Cook décrit ces hôtels comme des tours largement automatisées, conçues pour offrir une « vie de type appartement » aux professionnels de la tech de passage. Nicola Wealth et Lotus Capital peuvent ainsi éviter à la fois les protections des locataires et le besoin d’embaucher du personnel, dans leur vision d’un complexe évolutif façon Airbnb.

« Ils font l’enregistrement automatisé, et les tarifs que paient les clients sont complètement volatils selon la demande. »

Un récent rapport d’enquête du syndicat Unite Here Local 40 a révélé que la ville approuvait 16,2 % plus d’unités hôtelières que de logements sociaux, abordables ou en coopérative. « Ils sont en train de détruire délibérément des quartiers ouvriers », a fait remarquer Cook.

Les politiciens appuient les évictions

Au départ, Cook a eu du mal à obtenir de l’appui pour les locataires de Myron Manor et s’est tourné vers les politiciens locaux pour de l’aide. Il a été surpris d’apprendre que la représentante néo-démocrate locale, Christine Boyle, appuyait les plans de redéveloppement.

« Elle se cache derrière le fait que la ville a l’autorité de rezoner ce qu’elle veut, mais ensuite elle se range derrière leur autorité quand ils lui disent quoi faire avec la  », a-t-il dit.

Des membres du Vancouver Tenants Union remettent une pétition à la députée néo-démocrate Christine Boyle en avril.

Ce n’est qu’après l’intervention du Vancouver Tenants Union, qui a fourni l’appui collectif nécessaire, que la lutte de Myron Manor a commencé à attirer l’attention médiatique.

« Le chapitre Mount Pleasant du VTU a commencé à nous rencontrer, en étant incroyablement généreux de leur temps et incroyablement patients avec nous », a raconté Cook. « Ils sont venus nous aider à faire du porte-à-porte, ils nous ont aidés avec les stratégies de communication et l’organisation, ils nous ont aidés avec le site web. »

« C’est vraiment incroyable de voir la différence entre le comportement d’un gouvernement municipal payé pour nous représenter, avec la façon dont ils nous mentent et nous maltraitent, et le Vancouver Tenants Union… eux, ils nous aident, sans rien en retirer. »

L’audience de rezonage de l’immeuble a été fixée au 16 juillet, soit neuf mois plus tôt que ce qui avait été communiqué au collectif jusqu’ici par Nestwell Tenant Relocation Services.

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